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Description de l’étude de cas

Villes concernées: Vitry-sur-Seine
Population concernée: 26 000 habitants
Dernière inondation: 2016

Vitry-sur-Seine est une commune située à 3 km au sud de Paris. Elle est confrontée à des inondations par débordement de la Seine mais aussi par ruissellement. En référence à l’inondation historique de 1910, la zone inondable représente 1/3 de son territoire. 26 000 personnes vivent dans cette zone sujette aux inondations ainsi que des entreprises industrielles (y compris les établissements classés Seveso). Depuis 2006, la municipalité se prépare à faire face à un scénario de catastrophe. Un plan a été élaboré couvrant la commune et prévoyant, en cas d’inondation, un système d’alerte et d’évacuation de la population exposée ainsi que son déplacement. La municipalité a lancéplusieurs campagnes d’information auprès des habitants et des organismes dont elle assure la responsabilité. Malgré ses efforts, la municipalité souligne un manque de « culture du risque » au sein de la population exposée ainsi qu’un manque d’intérêt.

Cette étude de cas offre donc une opportunité intéressante pour évaluer comment les différentes approches de gestion des risques d’inondation interagissent au bénéfice d’une meilleure résilience de la communauté locale.

Évaluation des capacités locales

L’évaluation des capacités des populations à se préparer, à faire face et à se remettre des inondations ne peut être séparée du système de gestion des inondations en général ni de la manière dont la société est structurée. Dans le cas français, malgré les efforts pour changer le statu quo actuel, l’idée est largement répandue que «c’est au gouvernement de protéger la population» ce qui rend difficile toute implication des populationsde sa propre initiative. L’absence d’inondations récurrentes dans la zone renforce également la perception qu’une inondation ne se produira pas. Cette idée a cependant changé avec les événements de mai-juin 2016, où le niveau de la seine a été très haut, mais la population n’est toujours pas prête à prendre des mesures proactives pour se préparer aux inondations.

Ainsi, le cas français présente une division claire entre les acteurs institutionnels et les populationslocales, car l’organisation politique du territoire est structurée sur une base représentative. Des capacités telles que la connaissance, la motivation, les réseaux et la finance se renforcent mais pas en relation directe avec les communautés locales et leurs besoins. La commune joue le rôle d’intermédiaire mais cela crée un écart important avec la population qui ne progresse pas au même rythme que les acteurs institutionnels.

Actions Pilotes

Selection

Deux principales faiblesses ont été identifiées en ce qui concerne les capacités sociales et civiques dans la zone étudiée:

– Une relation à sens unique entre les autorités locales et les citoyens. Certains liens existent entre la municipalité et les habitants de la commune mais ils sont orientés dans un seul sens: le conseil municipal fournit des informations à travers des outils réglementaires (DIRCRIM : Document d’Information Communale sur les Risques Majeurs, repèresde crue), des grandes expositions, une promenade en ville spécifique, des réunions de conseil de quartier ont ainsi été organisés. Mais il n’y a actuellement aucune incitation pour que les gens deviennent des acteurs de leur propre préparation.

– Bien que certaines personnes soient motivées et que certains réseaux fonctionnent, les gens n’ont pas toujours le sentiment d’avoir la légitimité (ou la responsabilité) de prendre des mesures en matière de gestion des risques d’inondation. Ces citoyens ne sont pas intégrés dans la réflexion à l’échelle globale ou régionale (PAPI, exercice SEQUANA, réseaux institutionnels …)

Sur cette base, trois actions pilotes ont été préparées pour atteindre les objectifs suivants:

– Créer une ou plusieurs communautés de citoyens intéressés pour s’impliquer dans la prévention des risques d’inondation pour leur communauté locale ;

– Renforcer le lien entre le conseil municipal (et les acteurs institutionnels en général) et les citoyens.

Description

Un atelier réalisé le 25 février 2017 auquel 7 habitants ont participé,

La première Action Pilote s’est déroulée sous forme d’un atelier participatif de 3 heures à destination des habitants de la commune et co-conçu avec le CEPRI (Centre Européen de Prévention des Risques Fluviaux, ONG locale) et des personnels de l’administration communale de Vitry. L’atelier s’est déroulé à la Maison des Projets de Vitry en février 2017; La deuxième action a été organisée sous forme d’une une réunion informelle avec des membres clés des associations locales impliquées dans l’animation des quartiers susceptibles d’être inondés. Elle a eu lieu dans un café localisé au centre de Vitry en juin 2017. Enfin la troisième action a été réalisée dans le cadre d’un festival organisé par une association locale (Alternatiba Vitry) avec le soutien et la participation de la municipalité et Centre culturel de Vitry en octobre 2017. Une brève description des actions est donnée ci-dessous.

Brève description de l’action pilote 1, atelier participatif: L’atelier s’est tenu le 25 février à la Maison des Projets de Vitry-sur-Seine. Le CEPRI était en charge de l’animation de l’atelier avec quelques interventions des représentants de Lab’URBA et de la commune de Vitry sur Seine. Les Vitriots des quartiers de Port à l’Anglais et de La Ferme ont été contactés par téléphone (environ 250 personnes) pour leur proposer de participer à l’atelier, 20 d’entre eux ont déclaré qu’ils viendront et 17 qu’ils viendront probablement. Toutefois, seuls 7 habitants des zones inondables de Vitry sont venus effectivement; l’atelier a mobilisé également 2 représentantes du bureau des risques de la commune de Vitry, 2 personnes du CEPRI, des étudiants en urbanisme et les chercheurs impliqués dans le projet. Une enquête complémentaire a été réalisée pour comprendre la motivation des citoyens à participer aux actions.

L’atelier était organisé en 5 principales séquences:

– Le premier temps consistait en une activité réalisée en petits groupes. Chaque groupe a reçu une trentaine de photos représentant divers aspects des inondations et ont été invités à sélectionner les 3 plus proches de leur perception du risque d’inondation et celle qui, selon eux, était les moins représentatives des inondations, selon leur propre opinion. Cela a permis aux participants d’exprimer leurs idées et leurs perceptions des risques d’inondation.

– Le second tempsa donné lieu à une présentation du risque d’inondation à Vitry et en Ile de France, par les membres de la municipalité de Vitry en prenant en compte les idées exprimées lors de l’activité précédente.

– Le troisième séquence a amené les populations à percevoir la menace que représentent les inondations afin de susciter la volonté d’agir et de s’impliquer, en les faisant travailler ensemble en petits groupes pour identifier les impacts d’une inondation majeure à différentes échelles de leur territoire.

– Dans la suite, une discussion ouverte sur la façon d’agir personnellement pour faire face aux inondations a été proposée afin de rendre les gens en capacité de discuter de la façon dont ils envisageaient de s’impliquer dans la gestion des risques d’inondation.

– La dernière séquence a été consacrée à la discussion des actions que les personnes voulaient mettre en œuvre et à réfléchir aux conditions de leur mise en œuvre.

Brève description de l’action pilote 2, réunion informelle avec les habitants:

Cette action a été conçue après la mise en œuvre de l’action pilote 1. Elle a pris en compte les résultats obtenus dans la première action et visait à consolider la relation avec les citoyens / habitants prêts à s’engager dans un processus d’apprentissage collectif à long terme.

Cette action a utilisé les capacités suscitées dans le cadre de l’Action pilote 1. (connaissance du risque, motivation pour travailler ensemble sur la préparation aux risques, dynamique de motivation) pour consolider les collaboration entre les habitants et les associations motivées.

L’action pilote n°2 a eu lieu le 14 juin 2017 au bar Terrasse à Vitry, 4 habitants sont venus, très motivés, avec lesquels nous avions travaillé auparavant dont 2 impliqués dans l’association Port-à-l’Anglais. Ces personnes ont participé à une discussion ouverte avec le groupe de recherche durant 2 heures ce qui a permis de mieux comprendre le point de vue des citoyens, leurs difficultés à s’impliquer dans la gestion des risques d’inondations et les idées qu’ils avaient pour impliquer les communautés locales dans la préparation aux risques d’inondation.

 

Brève description de l’action pilote 3, stand organisé dans le cadre du festival local Alternatiba Vitry: Cette action a été conçue après que les chercheurs aient été invités à participer au festival par un membre du Centre culturel de Vitry (municipalité) après une entrevue avec lui. Cette interview avait été menée afin de comprendre comment nous pouvions entrer en contact avec un public plus large à Vitry, compte tenu des difficultés que nous avions rencontrées pour faire participer la population. Le festival était organisé autour d’alternatives pour changer et améliorer le monde dans lequel nous vivons, qui inclut des thèmes comme l’eau, la nourriture, l’énergie, les associations, etc. L’hypothèse principale de cette action était que le risque d’inondation pouvait toucher un plus grand public au sein des communautés locales, s’il était relié à un sujet plus large qui intéressait le public et s’il était associé à une stratégie de communication plus festive et ludique et un environnement attractif.

L’objectif de l’action pilote 3 est de: – Participer à une initiative locale pour atteindre un plus grand nombre de personnes vivant à Vitry ou dans la zone métropolitaine et – Prendre contact avec les associations locales, leurs représentants et d’autres partenaires tels que le Centre culturel afin detravailler ensemble dans l’organisation de l’événement pour consolider le réseau local sur la préparation aux risques.